Mai 29, 2026
Le médecin a prononcé ce mot — cancer — et, instantanément, le monde autour de moi a perdu ses contours. Le bruit s’est étouffé, comme si j’étais plongé sous l’eau. Je voyais ses lèvres bouger, mais je n’entendais presque plus rien. Une chaleur étrange dans la poitrine, puis le froid. Une peur brute, animale. L’inconnu.
Très vite, mon esprit s’est rempli d’images contradictoires : l’avenir qui se fissure, le passé qui remonte en boucle, et ce présent devenu flou, presque irréel. Je n’arrivais plus à penser correctement. Prendre une décision devenait un effort immense. Même respirer semblait parfois demander de la volonté.
Les examens. Les rendez-vous. Les termes médicaux que je ne comprenais pas encore. Les choix à faire, parfois dans l’urgence : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie. Ma vie, celle que je connaissais, s’est disloquée sans prévenir. Je n’étais plus simplement moi. J’étais devenu « le patient ».
Et autour de moi, les regards ont changé. Ma famille, mes amis, mes collègues… tous essayaient d’être là, mais quelque chose était différent. Comme si une distance invisible s’était installée. Moi-même, je ne savais plus vraiment qui j’étais dans ce nouveau monde.
Chaque étape du parcours apportait son lot d’émotions : peur, colère, tristesse, espoir parfois. Et je voyais bien que je n’étais pas le seul à porter ce poids. Mon entourage souffrait aussi, souvent en silence. Même les soignants, pourtant habitués, semblaient parfois touchés par cette intensité.
Il s’insinuait partout : dans mes nuits, dans mon corps, dans mes pensées. Je dormais mal. Je mangeais sans faim ou pas du tout. Par moments, mon esprit se figeait complètement. D’autres fois, il s’emballait sans contrôle. Il m’arrivait même de me sentir détaché de moi-même, comme si je regardais ma vie de l’extérieur. Une forme de dissociation, presque une protection.
Et souvent, je gardais tout à l’intérieur. Pour ne pas inquiéter. Pour protéger les autres. Je dois être honnête : à un moment, tout cela est devenu trop lourd à porter seule.
Malgré les outils, malgré mes efforts, il y avait des jours où je me sentais submergée. Comme si le poids de la peur, de l’incertitude et de la fatigue dépassait ce que je pouvais contenir. J’ai compris alors que demander de l’aide n’était pas un échec, mais une nécessité.
J’ai donc décidé de consulter un professionnel.
Pouvoir déposer ce que je vivais, sans filtre, sans avoir à protéger qui que ce soit, a été un tournant. Ces espaces m’ont permis de mettre des mots sur ce qui me traversait, de comprendre certains mécanismes, et surtout de ne plus me sentir seul face à tout cela.
C’était comme un fil que je pouvais tenir dans les moments difficiles. Lorsque l’angoisse montait, lorsque mon corps se crispait ou que mes pensées s’emballaient, je revenais à ces gestes simples. Tapoter, respirer, me recentrer. Encore et encore.
Ce va-et-vient entre l’accompagnement professionnel et ces techniques d’apaisement que j’utilisais en autonomie m’a profondément soutenu. L’un me permettait d’explorer en profondeur, l’autre de gérer l’instant présent.
Et peu à peu, j’ai cessé de me sentir totalement dépassé.
C’est dans cet état que j’ai découvert l’EFT, les techniques de libération émotionnelle.
Au début, j’étais sceptique. Comment de simples tapotements pourraientils m’aider alors que tout semblait si lourd, si complexe ?
L’EFT, parfois appelée « Tapping », est une méthode qui combine des éléments de thérapie cognitive avec une stimulation physique de points précis du corps, issus de l’acupuncture. Concrètement, il s’agit de tapoter doucement avec deux doigts sur certains points énergétiques tout en portant son attention sur ce que l’on ressent.
Ce qui m’a frappé, c’est ce que disent les chercheurs : ces stimulations envoient directement des signaux aux centres du stress dans le cerveau, notamment l’amygdale, sans passer par la partie rationnelle. Autrement dit, on ne cherche pas seulement à “comprendre”, mais à apaiser directement la réaction émotionnelle.
Cette approche a été développée dans les années 1990, inspirée des travaux du Dr Roger Callahan et de sa Thought Field Therapy. Elle est aujourd’hui utilisée comme complément aux approches médicales classiques.
La première fois que j’ai essayé, je ne savais pas trop quoi attendre. J’avais peur, j’étais tendu, et mon corps semblait constamment en état d’alerte.
Alors j’ai commencé à tapoter.
Au début, rien. Puis, doucement, quelque chose a bougé. Ma respiration s’est ralentie. Une tension dans ma poitrine s’est relâchée. Ce n’était pas spectaculaire… mais c’était réel.
Pour la première fois depuis longtemps, je me suis senti un peu plus calme.
Avec le temps, j’ai compris que cet outil me redonnait quelque chose que la maladie m’avait pris : une forme de contrôle. Pas sur le cancer lui-même, mais sur ce que je vivais intérieurement.
Je pouvais l’utiliser avant un rendez-vous à l’hôpital. Avant un scanner. Avant une opération. Ou simplement quand l’angoisse montait sans prévenir.
Et il se passait quelque chose d’essentiel : plus je me sentais apaisé, moins mon corps semblait subir. Moins d’effets secondaires, moins de tension, plus de présence.
Avec le temps, j’ai voulu comprendre. Aujourd’hui, il existe plus de 20 ans de recherche et plus de 170 études montrant que l’EFT peut réduire significativement l’anxiété, les phobies, les symptômes du stress post-traumatique et même certaines douleurs chroniques.
Les mécanismes sont de mieux en mieux compris :
Des études suggèrent même un impact sur l’expression des gènes, en diminuant ceux liés au stress et en soutenant le système immunitaire.
Ce que j’ai appris aussi, c’est que notre corps est programmé pour réagir face à une menace. Mais lorsque cette menace devient constante — comme avec la maladie — nous restons bloqués en mode “alerte”. Cela épuise profondément nos ressources.
L’EFT agit alors comme un interrupteur. Elle aide à sortir de cet état de lutte permanente pour revenir à un espace de sécurité intérieure.
Petit à petit, quelque chose s’est reconstruit en moi.
Pas une illusion que tout allait bien. Mais une capacité nouvelle à vivre
avec ce qui était là, sans être submergé.
J’ai appris à accueillir mes émotions plutôt que de les fuir. À reconnaître leur impact sur mon corps. À comprendre que certaines douleurs, certaines tensions, étaient aussi liées à ce que je portais intérieurement. En libérant progressivement l’intensité de la peur, de la culpabilité, de la colère… j’ai retrouvé un sentiment inattendu : un bien-être profond, stable, presque intact sous la tempête.
Je suis devenu moins réactive, plus présente. Plus vivante, malgré tout.
L’EFT ne guérit pas le cancer.
Mais cela m’a aidé à ne pas me perdre complètement dans la maladie. Cela m’a offert un espace pour respirer, pour ressentir autrement, pour reprendre ma place dans mon propre corps.
C’est une technique accessible, simple, que l’on peut utiliser seul, à tout moment et entre les séances. Un soutien puissant pour traverser l’épreuve avec plus de stabilité et de confiance.
Et parfois, dans les moments les plus difficiles, ça fait toute la différence.
Voici un exercice simple d’EFT pour apaiser les ruminations mentales. Vous pouvez recevoir le guide sur votre boîte mail en complétant le formulaire ci-dessous.
L’EFT ne prétend pas traiter le cancer, mais c’est un soutien puissant pour favoriser un mieux-être et développer votre confiance en vous afin que vous puissiez jouer un rôle actif dans votre parcours de soins. L’EFT n’est PAS un substitut à une consultation professionnelle en santé mentale ni à un traitement médical.
Fabienne Tschumi-Gueudet est psychopraticienne en régulation émotionnelle, stress, anxiété, trauma
à Agde (34300) et partout en France.
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